Peut-on être vraiment soi-même au sein d'un groupe ?
Ou : parvenir à "l'unité de la foi" - on n'y est pas encore...
Un des axes de tension les plus fondamentaux dans la condition humaine est celui qui oppose appartenance et individualisation. D'un côté, il y a l'attirance du groupe, le désir d'être accepté, de se sentir appartenir, de se sentir en sécurité ou plus fort à plusieurs, quitte à sacrifier une partie de notre liberté et de notre identité. De l'autre, il y a le désir d'émancipation, de singularisation, l'envie de suivre sa propre voie et ses propres questions, de grandir de sa propre manière, quitte à s'écarter du groupe et du soutien qu'il apporte.
Chaque pôle a ses avantages et ses inconvénients, et nous avons tous notre position favorite sur cette axe. Ou nos positions, d'ailleurs, il peut y en avoir plusieurs selon le groupe en question, le moment de vie, etc (l'impact de la culture personnelle est grand ici). Mais nous sommes tous constamment amenés à nous positionner face aux autres et à leur regard, à choisir à quel point nous voulons leur ressembler ou nous en différencier. Cela nous amène à nous poser un certain nombre de questions :
- Jusqu'à quel point est-il souhaitable d'être conforme ? d'être différent ?
- Jusqu'à quel point peut-on se singulariser (et donc différer par rapport aux attentes) tout en appartenant toujours au groupe (de son propre point de vue et du point de vue des autres membres) ?
- Se conformer aux attentes, est-ce se perdre ou renoncer à soi-même ? Si oui, jusqu'à quel point et dans quelles conditions est-ce souhaitable ?
- Au final, s'individualiser est-il compatible avec le fait d'être en groupe ? Est-il possible d'atteindre un bon équilibre ? De le garder dans le temps ?
Ce thème est particulièrement applicable dans certains groupes religieux ayant de fortes attentes par rapport à ses membres, et qui encouragent à la fois l'inclusion (avec les différences que cela comprend) et l'unité. Dans l'église à laquelle j'appartiens, où "le salut est une affaire individuelle mais l'exaltation une affaire de famille", où un niveau d'obéissance élevé est requis pour accomplir des ordonnances tandis que l'invitation "venez et voyez" s'adresse à tous, et où l'injonction de servir les enfants de Dieu un par un se frotte à une culture parfois intolérante aux individus en dehors de la norme, cet axe est particulièrement saillant.
L'amour fraternel et l'unité sont certes les fruits d'une vie centrée sur l'Évangile, mais en attendant d'être "tous parvenus... à la mesure de la stature parfaite du Christ" (Ephésiens 4:13), le chemin est semé d'embûches. Je pense notamment à l'intégration (le plupart du temps inexistante) des personnes LGBTQ. Ou aux regards en coin et remarques bien intentionnées (sans parler de la pression interne) que doivent endurer les jeunes adultes approchant la trentaine et qui sont toujours célibataires, dans une église qui met le mariage et la famille comme l'une des priorités d'une vie bien vécue. Entre autres...
Je m'intéresse à ce thème car non seulement il me pose question en ce moment, mais j'ai également remarqué à quel point les zones de frictions existent dans la vie concrète des unités et affectent les membres. Les tensions sur cet axe ayant trait à la condition humaine sont inévitables, mais voyant les souffrances parfois fortes, je me demande : ne pouvons-nous pas faire mieux ? Dans quels domaines se situent ces problématiques inclusion / exclusion, et comment pouvons-nous les aborder d'une meilleure manière ?
Commentaires
Comment être soi quand je recherche l'équilibre ?
Beaucoup de questions et thèmes mériteraient d'être explorés dans ce que j'ai écris, c'est juste une intro... Par exemple : qu'est-ce que l'équilibre ? Qu'est-ce que ça veut dire être soi-même ?
Tu veux dire que dans certains cas chercher l'équilibre pourrait être incompatible avec chercher à être soi-même ?
Oui en quelque sorte , après ça dépend qu'elle définition je donne de l'équilibre , personnellement j'ai souvent pensé que l'équilibre était à l'image d'une balance à niveau égal avec ses deux plateaux puis j'ai compris que l'équilibre était plutôt liée au mouvement et qu'être en équilibre c'était être en mouvement...
Je lie ce concept au pardon, dans le sens où la tolérance est le pardon proactif. Et où l'intolérance est une sorte de mesure de "protection", bouclier parfois levé face à l'inconnu ou l'incompris, qui font peur.
Tolérer, c'est accepter = supporter = souffrir la différence. Le prix doit être payé par quelqu'un. Si le groupe paye le prix, il accepte la "gêne" occasionnée. Si le groupe refuse de "payer", c'est l'individu qui paye en étant exclu. Le dilemme est créé par la double nécessité de l'intégrité par rapport aux principes, et par la nécessité de la charité (qui fait partie des principes). On pourrait éliminer le dilemme en compromettant l'un ou l'autre (l'intégrité/principes ou la charité). La question, au fond est celle d'aimer le pécheur.
La solution au dilemme justice vs miséricorde a été annoncée dès avant la fondation du monde, et est l'objet de la foi prêchée d'Adam au prophète actuel.
Il n'y a pas de dilemme parce que le prix a déjà été payé: intégrer le pécheur, sans compter que ça nous inclut tous, n'est pas un abandon de nos principes parce que Jésus-Christ a souffert et la séparation de la présence du Père, et l'abandon de ses amis.
Refuser d'intégrer quelqu'un parce qu'il ne pense pas comme nous, ne vit pas comme nous, ne pêche pas comme nous, sous prétexte que ça nous ferait compromettre nos principes, c'est renier le pouvoir et le but de l'Expiation de Jésus-Christ. C'est ne pas croire en son sacrifice.
(Et de l'autre côté, refuser de se repentir, c'est aussi un manque de foi.)
Les mesures exceptionnelles d'exclusion officielles, comme l'excommunication ou l'interdiction d'entrer dans les bâtiments de l'église, visent généralement à protéger l'Église et ses membres, d'une part, et à aider le pécheur à se repentir, d'autre part.
C'est comme ça que j'envisage la tolérance et l'intolérance par rapport aux autres : c'est en réalité la capacité à tolérer l'autre qui est différent de moi, une vision du monde ou/et une manière de vivre différente, et qui me met potentiellement en danger (il s'agit de la donnée existentielle d'être-pour-autrui, j'y reviendrai dans de futurs posts). C'est extrêmement difficile parfois de faire face à certains types des comportements parce que ça nous met en danger (selon notre manière d'envisager le monde). J'aime bien l'idée de "prix à payer", c'est un peu comme s'il fallait bien supporter le poids de cette différence, et il est plus dur à payer selon les individus (il n'y a pas de prix fixe, ce qui est difficile à payer pour moi le sera moins pour un autre, qui lui aura du mal à payer un autre prix qui pour moi est facile).
Ceci dit il y a des problèmes très concrets que ça soulève dans la vie pratique. Dans une discussion qu'on a eue avec des amis autours de ces thèmes, on a parlé de FSY et des standards qui d'un côté aident les jeunes mais de l'autre peuvent favoriser la honte de soi et l'identification à une norme (notamment concernant les posters qui étaient installés à l'époque - je ne sais pas maintenant - pour montrer à quoi on doit ressembler pour participer, ou les normes pour les bals et les conséquences que ça avait principalement chez les filles...).