"Regardez comme ma vie est cool"
Ou : A quel point devrions-nous afficher ce pour quoi nous sommes reconnaissants ?
Le président de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Russell Nelson, a partagé il y a quelques jours un message d'espoir et de réconfort en ces temps troublés1. Comme beaucoup, j'ai été touché par cette invitation à nous focaliser sur la gratitude, à compter les choses qui font que notre vie est plus belle. J'ai l'intention de suivre cette invitation simple.
Cependant, j'ai pensé à une ornière dans laquelle nous pouvons tomber.
Lorsqu'il a commencé à parler des réseaux sociaux, j'ai été surpris qu'il nous encourage à poster ce pour quoi nous sommes reconnaissants, alors que par le passé il avait plutôt recommandé de se déconnecter temporairement. Après réflexion, cela montre simplement qu'il y a un équilibre et un bon usage à trouver. Le soucis que j'ai eu c'est qu'en me connectant à Facebook hier, j'ai été inondé de posts de reconnaissances par tous mes amis membres. Une cascade de photos de familles, un déluge de "mon mari / ma femme est merveilleux/se" ou "je suis reconnaissant/e pour mes enfants". Alors oui, c'est sympa de voir des photos récentes de tout le monde. Et oui, cela illustre que la famille est une valeur très importante dans notre église. Mais comment dire... je me suis senti un peu submergé...
Problème numéro 1 : Je pense à tous les célibataires de l'église. Certains, j'en suis sûr, sont inspirés. Mais je suis sûr que pour d'autre ce déluge de photos de familles heureuses est probablement difficile à vivre et les renvoit à leur propre solitude...
Problème numéro 1 (oui c'est le même en plus large) : C'est là toute l'ambiguïté du concept de poster les choses sur un réseau social. C'est à double tranchant. Cela peut être très inspirant pour d'autres comme pour soi-même. Cela peut également générer des comparaisons ("tous ces gens ont l'air parfaitement heureux dans leur vie..."). Créer des normes, des attentes ("je suis censé me focaliser sur le positif").
Ai-je besoin de vous préciser à quel point cela peut être destructeur ? Des études de plus en plus nombreuses le montrent2. Quelques extraits de cette étude de 2015 :
si vous vous comparez aux "moments phares" de vos amis Facebook, vous pouvez avoir une vision déformée de leur vie et avoir l'impression que la votre a moins de valeur en comparaison, ce qui peut entraîner des symptômes dépressifs.
Je pense que l'invitation de base du prophète de se connecter davantage aux choses pour lesquelles nous avons de la gratitude est absolument bénéfique (de nombreuses études le montrent). Je voudrais juste partager deux avertissement liés aux réseaux sociaux (des études mentionnées en référence) :
1- [Si] «la comparaison est le voleur de la joie» (T. Roosevelt), il est peut-être [temps] d’essayer de cesser de faire des comparaisons entre nos moments les plus ennuyeux et les moments les plus mémorables de nos amis.
(c'est d'ailleurs probablement un des but de se focaliser sur la reconnaissance plutôt que la comparaison - du coup faisons attention à ce que la focalisation naturelle sur le négatif ne rentre pas par la fenêtre après que nous l'ayons gentiment escorté dehors par la porte)
2- Peut-être [pourrions-nous] garder à l’esprit que la vie n’est pas qu'une question de "moments phares" après tout - et que cela ne ferait pas de mal de poster sur ces moments plus calmes et moins glamour. En fait, cela pourrait contribuer grandement à ce que les gens se sentent davantage connectés les uns aux autres, plutôt que l'inverse.
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Message de Russel M. Nelson (Vidéo Youtube) ↩
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Plus on utilise les réseaux sociaux, plus on a de risques d'être atteint de dépression (Article), New Study Links Facebook To Depression: But Now We Actually Understand Why (Article en anglais) ↩