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Comment ne pas être un mouton

Ou : un système de croyance m'empêche-t-il d'être libre ?

Série "Enjeux existentiels et religion", POST 1

Posons déjà le contexte. Irvin Yalom, psychiatre existentiel américain, considère qu'en tant qu'être humains, nous sommes tous confrontés à 4 grands enjeux : la mort, le manque de sens, l'incertitude et la solitude1. Certes, d'autres penseurs ont pointé d'autres données communes aux humains, comme la souffrance, le fait d'être avec des autres, le fait d'être inséré dans le temps, etc. Mais comme il faut bien commencer quelque part, prenons dans un premier temps les enjeux pointés par Yalom.

mouton

Face à ces données de la condition humaine, nos réponses sont plus ou moins personnelles et plus ou moins satisfaisantes, mais nous devons tous nous positionner. Que mon attitude soit une forme de déni, de combat, d'acceptation, de rationalisation, je donne toujours une réponse à ces questions, car je suis humain.

Dans cette série de posts, ce qui m'intéresse c'est comment les religions (et la mienne en particulier) répondent à ces questions que la vie nous pose. Mais déjà, est-ce bien ma religion qui répond à ces questions, ou est-ce moi ?

On pourrait voir les religions (et n'importe quel système de croyance un peu élaboré d'ailleurs) comme des systèmes de réponses préfabriquées aux enjeux existentiels. Après-tout, les religions nous expliquent d'où nous venons, où nous allons, et quel est le but de la vie (exit le spectre du manque de sens). C'est le principe, le présupposé de base : donner des réponses certaines aux questions existentielles, nous expliquer comment les choses sont en réalité. Dans ce cas, ce sont bien les religions qui répondent à notre place, n'est-ce pas ?

Oui et non. Des explications sont là, certes. Mais elles demeurent vides si elles ne sont pas appliquées à quelqu'un en particulier. Que veulent-elles dire pour moi ? À mon échelle, c'est bien moi qui réponds aux questions que la vie me pose. JE choisis de croire et d'adhérer à un système de croyance extérieur à moi, ou pas, de manière réfléchie, ou pas. Je peux choisir de me conformer à un groupe sans trop faire attention (que ce groupe soit religieux ou pas). Je peux également réfléchir et ressentir, et décider clairement d'épouser tel système de croyance (qu'il soit religieux ou pas).

Le fait que les religions proposent des réponses ne veut pas dire qu'elles répondent à ma place, car c'est toujours moi qui crois, qui trace mon propre chemin de sens. La question n'est donc pas : est-ce que ma vision du monde est alignée avec ce que propose une religion ? La question est plutôt : est-ce que je choisis pleinement et me rends possesseur des réponses que j'apporte aux questions existentielles ? Dit autrement : croire n'est pas forcément une capitulation de ma liberté, et peut au contraire en être la pleine affirmation.

Ok, ceci étant posé, on va s'intéresser aux réponses, et voir que ces réponses, eh bien, elles peuvent avoir beaucoup de sens !


Commentaires

Pour ma part, ayant grandi dans un système de croyances bien ciblé depuis mon enfance, j’y ai naturellement adhéré. Les réponses me semblaient déjà toutes faites. Je n’arrive donc pas à dire que j’ai pleinement « choisis ». Etant de personnalité plutôt entière, sortir du cadre pour décider réellement ce que je croyais VS ce qu’on m’enseignait de croire a été un processus long et douloureux. Mais aujourd’hui, je connais la liberté de penser, de croire et ne pas croire. Et que c’est bon de se sentir pleinement maître de soi !


  1. Thérapie Existentielle, Irvin Yalom, voir par exemple cet article