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L'amour maternel et l'amour paternel

Ou : Réflexions sur l'amour - partie 1

Série "Culture Judéo-chrétienne", POST 2

AVERTISSEMENT : Il est possible que le contenu de ce post et du suivant va irriter certains d’entre vous. Il pourra être vécu comme une « psychologisation » et une dépréciation du sentiment sacré de connexion avec le divin, ou comme une simplification analytique de la condition humaine (sentez-vous libre d’ajouter à la liste). C’est OK, gardez simplement en tête que :

  1. je partage avec vous le point de vue de Fromm, et
  2. je le fais sans considérer son analyse comme parole d’évangile, mais parce que je la trouve suffisamment pertinente pour m’y référer dans le futur. Je pense que cela éclaire bien certains aspects de notre rapport (ou absence de rapport) à Dieu.

A vous de prendre ce qui vous convient.

famille

Erich Fromm1, dans son (excellent et abordable) livre L’art d’aimer, examine la relation de l’être humain à l’amour, et explore différents types d’amour et leurs caractéristiques. Ce qui m’intéresse ici, c’est l’amour de Dieu, ou le type de relation que nous entretenons avec le divin. De manière générale, Fromm considère que « la base de notre besoin d’amour se situe dans l’expérience de séparation et le besoin qui en découle : surmonter l’anxiété de la séparation par l’expérience de l’union. » Cela s’applique dans nos relations interpersonnelles, mais également dans notre rapport avec Dieu. Pour lui, « l’amour de Dieu a beaucoup des mêmes qualités et aspects que l’amour de l’homme » et il y a « un important parallèle entre l’amour de ses parents et l’amour de Dieu. »

Commençons par l’amour de ses parents.

L’enfant commence par s’attacher à sa mère, la base de l’être. Il se sent sans défenses et a besoin de l’amour enveloppant de sa mère. » Son expérience ressemble à ceci : « Je suis aimé pour ce que je suis, ou, peut-être plus justement, Je suis aimé parce que je suis. Cette expérience d’être aimé par ma mère est une expérience passive. Il n’y a rien que je puisse faire pour être aimé – l’amour de ma mère est inconditionnel. Tout ce que j’ai à faire, c’est exister – être son enfant. L’amour de ma mère, c’est la béatitude, c’est la paix, je n’ai pas besoin de l’acquérir, ou de le mériter. Mais il y a un côté négatif, également, au caractère inconditionnel de l’amour maternel. Non seulement il n’a pas besoin d’être mérité, mais il ne peut également pas être obtenu, produit, contrôlé. Si cet amour est présent, c’est une bénédiction. S’il est absent, c’est comme si toute la beauté de la vie avait disparue, et il n’y a rien que je puisse faire pour la créer. » Pour Fromm, ce type d’amour est fondamental et « l’amour inconditionnel correspond à l’un des désirs les plus profonds, non seulement de l’enfant, mais également de tout être humain.

Dans l’étape suivante, l’enfant :

se tourne vers son père comme le centre de son affection, le père étant le principe directeur pour le raisonnement et l’action. [...] L’amour paternel est un amour conditionnel. Son principe est « je t’aime parce que tu réponds à mes attentes, parce que tu fais ton devoir, parce que tu me ressembles. » Dans l’amour paternel conditionnel on trouve, comme pour l’amour maternel inconditionnel, un aspect négatif et un aspect positif. L’aspect négatif est le fait même que l’amour doive être mérité, et qu’il puisse être perdu si l’on ne fait pas ce qui est attendu. La nature de l’amour paternel fait que l’obéissance devient la vertu cardinale, la désobéissance le plus grand péché – et sa punition est le retrait de l’amour paternel. L’aspect positif est également important. Puisque cet amour est conditionnel, je peux faire quelque chose pour l’acquérir, je peux travailler pour l’obtenir : son amour n’est pas en dehors de mon contrôle, comme l’est l’amour maternel.

[À ce stade de développement,] l’enfant est motivé par le besoin d’obtenir l’approbation du père, et d’éviter sa réprobation.

Précision importante de Fromm :

Bien entendu, lorsque je parle d’amour maternel et paternel, je parle au sens de «types idéaux »… ou d’archétype au sens de Jung… je fais référence aux PRINCIPES maternel et paternel, qui sont représentés par la mère et le père.

Finalement,

dans le stade de la pleine maturité, [l’adulte] s’est libéré de ses parents comme puissances de protection et de commandement . [...] La personne mature … a, pour ainsi dire, une conscience maternelle et une conscience paternelle. La conscience maternelle dit « Il n’y a aucun méfait, aucun crime qui pourrait te priver de mon amour, de mon souhait pour ta vie et ton bonheur. » La conscience paternelle dit « Tu as mal fait, tu ne peux pas éviter de faire face à certaines conséquences pour tes méfaits, et par dessus tout tu dois changer tes voies si tu veux que je t’aime. »

Comment ces éléments s’appliquent-ils à notre rapport à la divinité ? J’imagine que vous avez probablement déjà une petite idée Aller, je vous laisse souffler un peu (et j’installe le suspense), je vous dit tout ça dans le prochain post.

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  1. L'art d'aimer, Erich Fromm