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J’ai glissé, chef !

Ou : Et si la vie était censée être difficile ?

Série "Culture Judéo-chrétienne", POST 4

Depuis les écrits de Saint Augustin et des réformateurs, la vision traditionnelle chrétienne occidentale contient les présupposés suivants :

  • les hommes vivaient initialement dans un paradis, mais à cause d’une erreur, ils en ont été chassés,
  • notre état actuel est corrompu,
  • le monde parfait que Dieu avait créé a été brisé, et ne fonctionne plus correctement,
  • la mission du Christ est de réparer l’erreur initiale et toutes ses conséquences malheureuses.

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D’une certaine manière, le mot « chute » (pour parler du choix d’Adam et Eve de manger du fruit défendu) résume bien cette manière de voir les choses. Une chute est un accident qui fait tomber (dans la douleur) d’un plan supérieur à un plan inférieur. Cette vision considère que les données existentielles qui nous sont difficile à aborder (comme la mort, la souffrance, la complexité des relations, l’incertitude, etc) sont une erreur à réparer. La vie n’était pas censée être comme ça, mais bon, maintenant qu’on en est là, il faut faire avec en attendant de revenir avec Dieu. Si on y revient. Et ça, ça dépend en grande partie de nous (de nos choix).

Pour parler en terme archétypal, c’est une vision très paternelle, ou Yang, de la condition humaine. C’est comme si Dieu disait :

Une erreur a été commise, et à présent vous commettez tous des erreurs. Pour revenir habiter avec moi, vous devez être des bons garçons / des bonnes filles, et comme ce n’est pas le cas,

  1. vous devez payer les conséquences et
  2. je dois, dans mon amour, vous sauver.

Cela n’enlève pas l’amour de Dieu, mais le colore nettement d’amour de type paternel. Dieu et le Christ nous sauvent car ils nous aiment (la grâce a une place), mais l’accent est mis sur la perfection et les erreurs, l’obéissance et les péchés, la pureté (dignité) et l’impureté. Cette vision encourage certes l’amélioration mais est en même temps un terreau fertile pour la culpabilité.

La théologie de l’Église de Jésus-Christ change cela, au moins sur le plan théorique (en pratique c’est plus ambigu). Elle considère que :

  • nos parents célestes nous aiment et veulent nous voir évoluer comme eux,
  • cette vie fait partie de ce processus d'apprentissage visant à notre développement.
  • Adam et Eve prenant du fruit était une étape prévue, nécessaire et positive.

Parler de « chute » est donc (dans cette optique) une erreur de langage. Il s’agirait plutôt de parler de passage vers la classe supérieure (par opposition à la stagnation du jardin d’Eden), d’une élévation, pénible mais sensée.

Dans cette optique, nous sommes exactement où nous sommes censé être ! Par conséquent, les données existentielles qui nous sont difficiles à vivre, loin d’être les pots cassés d’un malheureux accident, sont en fait des conditions essentielles à notre croissance. Cela change également la vision de la mission du Christ, qui est à présent là davantage pour nous soulager et guérir de blessures « normales » et pour nous aider à progresser et nous développer à travers et grâce aux épreuves.

De manière archétypale, j’ai l’impression que cette conception réintroduit le côté maternel, ou Yin, dans la conception de Dieu. Il y a toujours l’idée de progression, mais l’amour est davantage inconditionnel et l’accent davantage sur l’aide fournie le long du processus de développement.

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