Sauvé ou guéri ? Le paradigme pénal
Série "Sauvé vs. Guéri", POST 1
Pendant de nombreuses années, le docteur Gabor Maté a été docteur dans un ghetto de Vancouver, au Canada, avec des toxicomanes comme patients réguliers. Dans son livre sur l'addiction1, il nous fait découvrir la réalité de la vie misérable de ces gens, leurs habitudes néfastes mais extrêmement difficiles à changer, et leur passé difficile rempli de sévices de toutes sortes. Il montre comment le développement du cerveau et de la personnalité souffre dans de telles conditions, et comment les addictions se développent.
Puis, il fait ce commentaire très juste :
La vie des enfants maltraités ne s'arrête pas lorsqu'ils sont secourus - s'ils le sont, car la plupart ne le sont jamais. Beaucoup deviennent des adolescents avec des esprits non réparés et atteignent l'âge adulte avec des yeux toujours aussi morts. Leur sort continue d'être une préoccupation pour la police et les tribunaux, mais à ce moment-là, ils ne sont plus d'une douceur déchirante, ils n'ont plus l'air vulnérables. Ils traînent à la périphérie de la société, des hommes et des femmes endurcis aux visages ravagés ; des voleurs à l'étalage, des prostituées ou des toxicomanes. Certains de ces anciens enfants ne sont pas agréables à côtoyer. Débraillés et sales, sournois et manipulateurs, ils invitent le dégoût. A la fois craintifs et méprisants de l'autorité, ils évoquent l'hostilité. La police les traite souvent brutalement... Encore et encore, des toxicomanes sont traduits devant les tribunaux pour les crimes qu'ils commettent pour soutenir leur dépendance aux substances.
Quelques juges sont conscients que ces personnes ont développé ces dépendances comme une réponse défensive à ce qu'ils ont enduré... , leur parlent avec compassion... et leur proposent les peu d’options de rédemption que nos systèmes sociaux et judiciaires offrent. D'autres juges semblent les considérer comme les malfaiteurs et les mécréants de la société. Juge emphatique ou juge accusateur, tous deux sont finalement contraints d'envoyer le criminel toxicomane en prison... A leur sortie, la plupart d'entre eux retomberont dans la consommation de drogue et, par voie de conséquence, dans les actes illégaux nécessaires à l'entretien de ces habitudes.
En dépit de certains efforts, les systèmes judiciaires de nombreux pays sont profondément ancrés dans ce paradigme pénal. Lorsqu’un loi est enfreinte, il faut trouver les coupables et les punir. Bien sûr, il est souhaitable pour chacun d’assumer les responsabilités, relatives, de ses actes, et nécessaire de protéger les membres de la société de comportements violents. Cependant, en voyant l’exemple des toxicomanes, on peut raisonnablement se questionner sur la justice d’un tel système.
Cette manière pénale de voir et traiter les comportements humains imprègne nos sociétés occidentales depuis des siècles. On la retrouve dans les entreprises ou dans certaines méthodes d’éducation. Sans surprise, ce paradigme se retrouve malheureusement aussi dans la sphère religieuse, et dans la conception de Dieu et du rôle du Christ.
Au Moyen-Âge, Dieu était principalement vu comme un Seigneur tout puissant à qui l’on devait une obéissance féodale. Enfreindre ses lois requérait pénitence et une compensation plus grande que l’offense commise, compensation fournie par le sacrifice du Christ. Avec l’arrivée de la Réforme et des théologiens protestants comme Luther ou Calvin, une variation pénale se met en place. Fiona et Terryl Givens, théologiens et apologistes mormons, la décrivent2 ainsi :
Dieu est l'incarnation de la justice et, en tant que tel, il exige un paiement pour violation de la loi. Jésus est sacrifié à notre place. Dans le langage de William Tyndale, nous avons besoin du Christ pour nous sauver "de la vengeance de la loi... Son sang, sa mort, ont apaisé la colère de Dieu".
Remarquez les diverses implications de ce modèle, que les saints des derniers jours acceptent malheureusement généralement sans poser de questions : le péché est une offense contre Dieu et exige une punition ; ce n'est pas un faux pas ou une expérience éducative de l'amer. La justice est le châtiment pour cette offense et Jésus est notre bouclier contre la vengeance de Dieu. En somme, l'expression "substitution pénale" révèle la dépendance totale de cette théorie de l'expiation à un modèle de criminalité et de châtiment.
Comme l’ont souligné plusieurs théologiens, cette théorie de la substitution pénale crée une vision de la justice exigeant que les torts ne soient pas réparés mais plutôt qu’ils soient punis. Une telle image, affirment-ils, a entretenu une culture d'abus, et ils estiment que tant que cette image ne sera pas brisée, il sera presque impossible de créer une société juste.
suite dans le post suivant...
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