Sauvé ou guéri ? Un changement de paradigme
Série "Sauvé vs. Guéri", POST 2
Les Givens écrivent1 :
Une théologienne éminente a suggéré que le christianisme a un gros problème avec son utilisation historique des analogies juridiques et criminelle comme modèle de théologie de l'expiation. Elle suggère que la «guérison» pourrait être plus appropriée en tant que concept clé. Ce concept de guérison ne marquerait pas une innovation, mais plutôt une correction de l'analogie lamentable de Calvin de l'humanité à "un pauvre criminel avec une corde autour du cou". Cela nous ramènerait à une croyance essentielle de l’église chrétienne primitive : l'humanité est blessée et l'expiation est la guérison.
Sans aller jusqu’à comparer la situation de tout un chacun à celles de toxicomanes endurcis, on peut comprendre à quel point une vision des choses centrée sur la guérison serait salutaire. Comme eux, nous sommes nés dans un monde difficile et confrontés à des épreuves, et nous avons besoin d’une justice rédemptrice et habilitante plutôt que punitive.
Le problème est que, même dans l’église rétablie, nous héritons d’un vocabulaire et d’un paradigme protestant. Cela fait cohabiter la vision rétablie de parents célestes aimants et voulant notre progression avec la vision protestante d’un Dieu sévère exigeant la perfection immédiate. Cette vision protestante est particulièrement visible dans le vocabulaire employé dans l’église, et dans certains passages des traductions de la Bible que nous utilisons. Dans leur livre, les Givens partagent quelques unes de ces traductions mettant l’accent sur le statut pécheur de l’humanité et son besoin de salut, plutôt que sur son statut meurtrit et son besoin de guérison. Ils proposent des traductions alternatives qui éclairent de manière rafraîchissante la nature de nos parents céleste.
Exemple 1
Une traduction plus proche du texte grec originel du fameux « soyez donc parfaits, comme votre Père Céleste est parfait » (Matt 5:48) donne : « vous serez ceux qui sont complets dans votre caractère, comme votre Père céleste est complet dans son être. » Deux surprises ici : déjà le temps utilisé est un futur réconfortant, et pas un présent intimidant (« vous serez » plutôt que « soyez »). Et ensuite, le grec « teleios » est traduit par « complet » plutôt que par « parfait », ce qui donne une idée plus proche du processus éducatif envisagé ici. C’est comme si Jésus disait, à la fin de son magnifique Sermon sur la Montagne : « Suivez les préceptes que je vous ai enseigné, et tout ira bien : vous progresserez pour devenir un enfant de Dieu pleinement réalisé », ou comme certains l’ont appelé, un « adulte de Dieu ».
Exemple 2
Les guérisons miraculeuses ont été centrales dans le ministère terrestre du Christ et de ses disciples. Cependant, dans plusieurs passages, les mots utilisés par les traducteurs protestants de la Bible mettent l’accent sur le salut plutôt que sur la guérison. Un exemple frappant concerne la guérison du paralytique par Pierre, dans le livre des Actes. Dans une traduction du 14ème siècle, donc avant la Réforme, Pierre annonce qu’il n’y a aucun autre nom « par lequel nous devions être sains », ou « guéris ». Mais quand William Tyndale traduit le même passage, en dépit d’un début similaire (« C’est par le nom de Jésus Christ ... que cet homme se présente en pleine santé devant vous. » Actes 4:10), il change le vocabulaire de la leçon de l’histoire : « il n’y a sous le ciel aucun autre nom ... par lequel nous devions être sauvés. » « L'histoire de la guérison d'un homme particulier, en tant que type de guérison dont nous avons tous besoin, est transformée en une histoire de salut de la damnation. » Ce type de corrections se retrouve dans les diverses traductions de « ta foi t’a guérie » (Matt 9:22 ; Marc 5:34) qui, en dépit d’un original grec identique, se retrouve parfois transformé en « ta foi t’a sauvé » (Marc 10:52 ; Luc 7:50 ; 18:42).
Même le mot français « expiation » utilisé pour décrire ce qu’accomplit le Christ pour nous est lourdement teinté du paradigme pénal, comme en témoignent les définitions suivantes : « Rite effectué pour apaiser la colère divine » ou « Réparation d'une faute par une peine jugée compensatoire ». Par contraste, le mot hébreux de l’ancien testament traduit en français par « expier » a pour sens premier : « recouvrer, recréer, guérir »
Les Givens précisent :
Nous ne disons pas que nous ne sommes pas des pécheurs, ou que nous n'avons pas besoin, dans un certain sens, du salut. Ce que nous disons, c’est que le langage et le ministère du Christ indiquent que de son point de vue, comme l'histoire de la "femme qui a beaucoup aimé" nous le dit clairement, le péché est un type de blessure, comme la cécité ou la maladie ; c'est une infirmité, une meurtrissure. En tant que Guérisseur, Il s'occupe de toute la gamme de nos afflictions : psychologiques, émotionnelles, physiques et spirituelles. L'histoire de la femme "pécheresse" en particulier a un potentiel incroyable pour déplacer le point central de notre relation avec le Christ, de celle de pécheur et de Sauveur à celle de blessé et de Guérisseur... Les dommages causés - à nous-mêmes et aux autres - par ce que nous appeler le péché a besoin de guérison tout autant que d'autres formes de préjudice spirituel et émotionnel. La manière la plus fructueuse de considérer le péché n'est peut-être pas de le voir comme un mal qui mène à un enfer dont nous devons être sauvés, mais plutôt comme une blessure qui doit être guérie.
Comme des toxicomanes héritant d’une situation et se construisant dessus, nous avons tous besoin de juges faisant preuve d’empathie et de système de guérison plutôt que de système pénitentiaire. Cela correspond au message du Christ au Néphites : « n’allez-vous pas maintenant revenir à moi, et vous repentir de vos péchés, et être convertis, afin que je vous guérisse ? » (3 Né 9:13)
suite dans le post suivant...
Articles en lien
- Articles dans la série "Sauvé ou guéri ?" :
-
All Things New, Fiona et Terryl Givens ↩