Sauvé ou guéri ? L'amour pour nos semblables
Série "Sauvé vs. Guéri", POST 5
Finalement, notre lien avec nos semblables est vital dans cette manière rétablie de voir Dieu. La vision traditionnelle d'un Dieu "jaloux" qui demande qu'on l'aime par dessus tout a souvent conduit à la notion que tout autre attachement terrestre (y compris relationnel) pouvait nous empêcher d'atteindre Dieu et son paradis. Les Givens écrivent1
La peur d'aimer sa famille ou d’autres proches plus que Dieu a longtemps imprégné la culture chrétienne. Le rétablissement revisite cette longue tradition. Jésus a nommé l'amour de Dieu en premier dans la hiérarchie des commandements célestes, suivi de l'amour des autres (Matt 22:38-39). Cependant, quand Hénoc demande à Dieu le Père en pleurs la cause de ses larmes, sa réponse a trois dimensions étonnantes.
La première dimension apparaît lorsque Dieu préface sa réponse en récitant les deux grands commandements mais qu'il prononce ici à l'envers : "Je leur ai aussi donné le commandement, de s’aimer les uns les autres et de me choisir, moi, leur Père."
La deuxième rupture de paradigme est que bien que les enfants de Dieu aient clairement enfreint les deux commandements, la chagrin de Dieu est sur leur violation du second. Il ne pleure pas parce qu'ils ont manqué de l'adorer, de l'honorer ou de lui obéir ; "mais voici, ils sont sans affection et ils haïssent leur propre sang."
Troisièmement, ses larmes coulent, et en fait, "les cieux tout entiers pleureront sur eux… en voyant que ceux-ci vont souffrir " (Moïse 7:33-37). La souffrance humaine, et non le péché humain, est au centre de son chagrin. Trois fois le récit affirme, et Hénoc s'en émerveille, que les pleurs de Dieu portent sur la « misère » humaine.
Si cette idée est vraie - comme nous pensons qu’Hénoc l'atteste - alors l'œuvre d'expiation a pour but de provoquer la guérison et l'unification de toute la famille humaine. Dans ce projet, nous sommes invités à être coparticipants avec la Divinité. En effet, l'expiation ne peut être accomplie sans notre collaboration.
Comme l’a si bien expliqué Elder Uchtdorf2, « Nous sommes ses mains ». L’expiation est la puissance guérisseuse du Christ, mais celle-ci s’exprime résolument dans nos efforts, bien qu’imparfaits, pour nous bénir et nous guérir les uns les autres. Jésus a dit « Prenez mon joug sur vous » (Matt 11 : 29). Dit autrement, l’expiation est un travail d’équipe. Le Christ nous a invité à être « disposés à porter les fardeaux les uns des autres, afin qu’ils soient légers ; oui, et [à être] disposés à pleurer avec ceux qui pleurent, oui, et à consoler ceux qui ont besoin de consolation » (Mosiah 18:8-9). Il nous invite à participer à son œuvre de guérison et de transformation.
CONCLUSION
Comme les toxicomanes endurcis décris par le docteur Maté, nous sommes parfois pris dans des habitudes qui nous font du mal, ou qui font du mal aux autres. Et dans certains cas, à cause de ces habitudes même, il est difficile de faire pleinement équipe avec le Christ. Peut-être est-ce pour cela que Jésus a partagé la parabole de la paille et de la poutre. Peut-être s’agit-il de ne pas juger les autres parce qu’ils pèchent différemment de nous, ou en d’autres termes, de reconnaître que nous sommes tous blessés, mais d’une manière différente. Peut-être s’agit-il justement de nous aider à sortir du paradigme pénal, de la tentation de juger et condamner, et d’une invitation à la compassion, envers nous-même et envers les autres. Peut-être que, lorsque nous voulons améliorer et corriger, il s’agit de commencer par nous-même, et que lorsqu’il s’agit de travailler avec le Christ à la guérison de l’humanité, nous pouvons commencer comme il l’a fait avec les Néphites, ou comme le bon samaritain l’a fait : une personne à la fois.
Articles en lien
- Articles dans la série "Sauvé ou guéri ?" :
-
All Things New, Fiona et Terryl Givens ↩
-
Dieter F. Uchtdorf, Vous êtes mes mains, avril 2010 ↩