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« Pourquoi ? » n’est pas toujours une bonne question...

Ou : chercher des raisons aux épreuves

Ce matin, dans un très beau discours sur l’adversité, une phrase a attiré mon attention. Après avoir relaté les épreuves subies par les victimes des camps de concentration ou de la guerre en Ukraine, l’oratrice a dit « Après tout ça, je ne sais toujours pas pourquoi les épreuves arrivent ».

Pourquoi. C’est la grande question, non ?

epreuve

En tout cas une question qui semble naturelle. Outre le réflexe d’attribuer une valence (« c’est bien / mal ! »), celui de chercher une explication, une cause, une origine, est également bien ancré en nous-autres êtres humains. Pour reprendre le cas des difficultés de la vie, dans mon église, on les classe en général en trois grandes catégories : ce qui arrive par notre faute, suite à nos choix ; ce qui arrive à cause des autres ; et ce qui arrive par causes naturelles (tremblement de terre par exemple). D’un autre côté, « lorsque nous obtenons une bénédiction quelconque de Dieu, c'est par l'obéissance à cette loi sur laquelle elle repose » (D&A 130:20-21). Causes : conséquences.

L’approche causaliste, ou déterministe, présuppose bien souvent que :

  • on peut trouver une ou plusieurs causes simples à un événement ou comportement, et
  • c’est une bonne chose de le faire, ça va « aider ». Par exemple, si l’événement ou comportement en question est désagréable ou mal, en trouvant sa généalogie on pourra le comprendre et l’éviter dans le futur. Si c’est jugé bon, on pourra le reproduire.

Le réflexe explicatif semble sensé, et à mon sens l’est en partie. Mais je lui vois également plusieurs limites, surtout lorsqu’il est appliqué aux difficultés de cette vie :

  • Il cherche naturellement des coupables, des responsables, ce qui favorise une vision pénale de la vie et de Dieu (voir mes posts précédents).
  • Souvent, il sur-simplifie les situations, en attribuant des causes simplistes et en omettant de regarder le tableau complet.
  • Il focalise sur le passé, alors que se concentrer sur le présent et le futur est souvent plus efficace.

Alors pour revenir aux deux présupposés cités plus haut, évidemment dans certains cas les causes semblent être assez claires. Et dans certains cas, les éclairer peut permettre d’améliorer les choses ou d’éviter des désagréments futurs. Il ne s’agit pas d’oublier le passé aussitôt qu’il est passé. Je souhaite simplement attirer l’attention sur ce biais naturel d’explication, et proposer d’élargir notre répertoire. Quelque chose arrive : l’approche causaliste demande pourquoi, et exige de la vie qu’elle fournisse des réponses. Une approche plus existentielle considère que c’est plutôt la vie qui nous pose une question, et exige une réponse !

Alors la prochaine fois que je me prends la main dans le sac à penser « pourquoi moi/elle/lui ? » ou « c’est parce que ... », peut-être que je peux suspendre quelques instants ce train de pensée, et :

  1. faire de la place à ce que moi ou l’autre est en train de vivre,
  2. faire de la place pour les questions que pose la vie : « Qu’est-ce que tu vas faire avec ça ? Quelle personne vas-tu devenir ? »