Pourquoi croit-on aux théories du complot ?
Selon la psychologie sociale 1 2, il y a trois sources de motivation principales :
Motivation épistémique
Face à une situation qu’on perçois comme chaotique et dangereuse (tours jumelles, COVID...), on fait l’expérience de l’anxiété. On a besoin de se rassurer et de donner une explication aux événements (donc combattre l’incertitude en tant que « manque de sens »). Ce besoin de sens, de narration, est particulièrement important après un ou des traumatismes. Suite à des situations traumatisantes (personnelles ou sociétales), les théories du complot sont tentantes car elles fournissent des explications souvent simples et mono-causales (c’est de la faute de … qui nous veulent du mal).
Motivation existentielle
Dans la continuité, croire en des théories du complot (il y en a rarement une seule) permet de donner une direction à l’existence, de se sentir engagé dans une lutte. Il s’agit ici de combattre l’incertitude en tant que « manque de direction » : l’adhésion à un narratif complotiste vient avec des idées révolutionnaires et fournit une direction pour l’avenir (la plupart du temps une direction qui s’oppose).
Motivation sociale
Et pour s’opposer à « eux », il faut un « nous ». On croit souvent (toujours ?) en groupe. Les théories du complot permettent, comme les autres types de croyances, de former une communauté, de favoriser des échanges (de vidéos, d’idées), somme toute de créer du lien. (sources en commentaire)
Du point de vue existentialiste, ces motivations sont extrêmement pertinentes, et montent à quel point nous-autres êtres humains avons besoin de répondre de manière concrète à des questions telles que :
- Quel sens ont les difficultés dans la vie ?
- Comment continuer à vivre dans un monde parfois chaotique et dangereux ?
- Comment entrer en lien de manière satisfaisante avec mes semblables ?
- Quel sens donner à ma vie ?
Le problème des théories du complot c’est qu’elles répondent (en gros) :
- « c’est de la faute des autres : nous sommes victimes »
- « on doit se défendre, il faut tout casser »
- « il y a les gentils et les méchants »
Commentaires
Il manque une motivation "téléologique" : si ça existe c'est que Dieu l'a voulu. Un complot divin, en sorte !
Un bon exemple serait l'invocation du "mauvais Karma" ou "d'une conjonction astrale" ou "les épreuves d'essence divine" pour justifier tout les problèmes que l'on rencontre.
-
Olivier Klein: Nous ne sommes pas des moutons - psychologie sociale du complotisme - bonne intro, le lien envoie à la partie qui traite des motivations, mais toute la conférence est bien (50 mn qui s'écoutent bien en accéléré à 1.5x) ↩
-
Méta de Choc : Complotisme, si loin, si proche - Série de podcast très intéressants ! Le point de vue historique et politique apporte vraiment quelque chose. ↩