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Petites réflexions en vrac sur la perfection / le perfectionnisme

  • Se focaliser sur la perfection et l’obéissance exacte permet de garder une illusion de contrôle. J’obéis et je fais tout ce que je dois faire, du coup je maîtrise mon futur (je serai sauvé) et contrôle dans une certaine mesure les bénédictions et la protection divines que je reçois. J’ai ainsi l’impression d’être protégé de l’incertitude, du hasard, de la mauvaise fortune, et de l’inconnu.
  • Faire de son mieux est l’alternative classique. Tout le monde sait qu’on ne peut pas être parfait, mais il faut faire de son mieux. Cependant si on ne fait pas attention, le perfectionnisme qu’on avait chassé par la porte peut rentrer par la fenêtre. Quel est mon maximum ? Comment je sais si je l’atteins ? Je devrais sans doute en faire plus, au cas où je n’ai pas atteint mon maximum… Une limite incertaine et qu’on peut rehausser à loisir est-elle tellement meilleure qu’une limite infiniment haute ?

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  • A quel point est-ce que je voudrais être parfait pour Dieu ? Et à quel point le voudrais-je pour moi ? Ou pour les autres ? Lorsque je me dis que je voudrais offrir « une offrande acceptable », à quels yeux doit-elle être acceptable ? Si j’ai l’impression que la barre est tellement haut, qui l’a fixée ? Qu’est-ce que Dieu en dit réellement ? Est-ce que j’utilise mon discernement, ou bien l’ai-je externalisé ?
  • Dans la parabole du semeur, lorsque la semence tombe dans les coeurs préparés, certains produisent 30, d’autre 60 et d’autres 100. J’avais toujours compris ça comme différentes personnes qui produisent plus ou moins, avec l’implication que la personne qui produit 30 n’a pas un aussi bon terrain, ne produit pas assez. Mais peut-être que c’est la même personne, et qu’un jour où elle se sent bien elle peut produire 100, un jour où elle se sent moins bien 30, et un autre jour où ses traumatismes passés ressurgissent parce qu’elle est dans une situation stressante, elle ne produit que 1 ou 2. Est-ce que ça ne serait pas OK aussi ?
  • Dans l’histoire de la foule nourrie par Jésus avec 5 pains et 2 poissons, on peut utiliser l’exemple du jeune qui a fourni ces pains et poissons, sachant que ce ne serait pas assez, mais par miracle le Christ a multiplié les efforts. Mais l’analogie est difficile à appliquer à des situations réelles. Dans l’histoire, la limite de ce que le garçon pouvait donner est claire. 5 pains et 2 poissons. Mais s’il s’agit d’efforts, de temps, d’énergie, c’est plus difficile à quantifier. En tant qu’être humains, nous pouvons trop donner, vivre à crédit et payer plus tard, sous la forme de burn-out, de dépression, de maladies, etc. Comment tracer une limite dans ce que nous pouvons donner pour nous engager dans des nobles causes tout en prenant soin de nous ?
  • Dans le même registre, on entend souvent des histoire de personnes ayant suivit une inspiration après l’avoir ignorée plusieurs fois et pouf, ça fait des chocapic (entendez : le miracle se produit). On entend également des exemples de personnes ayant ignoré des impressions et l’ayant amèrement regretté par la suite. Sans invalider ce genre d’expérience (je crois que l’inspiration peut vraiment nous guider), il faut reconnaître qu’on entent beaucoup plus rarement les autres scénarios, par exemple ignorer une impression et au final tout va bien, ou en suivre une pour au final ne rien remarquer comme résultat particulier. Ce que j’essaie de dire, c’est que peut-être qu’il faut être sage dans le fait de suivre des inspirations et ne pas utiliser cela comme une excuse pour faire surchauffer la machine à obéissance et culpabilité (j’aurais dû … / je suis fatigué mais tant pis je dois … ).

Conclusion :

En tant que consultant des services à la famille, mon équipe en Europe et moi-même voyons de plus en plus de dirigeants de l’église faire des burn-out, car, même s’il ne s’agit pas de perfectionnisme avéré, il y a cette idée latente qu’il faut en faire plus, qu’on ne refuse pas un appel, qu’il faut servir et tout donner, et c’est parfois (souvent ?) fait au détriment des besoins personnels et des besoins des proches.

Il ne s’agit pas d’aller dans l’extrême inverse : ne plus rien faire et se la couler douce. Quoique des fois ça fait du bien, et parfois lorsqu’on a poussé trop loin, notre corps nous force à justement ne plus rien faire. Mais il s’agit de reconnaître nos limites et savoir nous écouter, et accepter l’inconfort et les frottements que ça peut générer avec certaines parties de nous-même et certaines autres personnes.


Commentaires

La partie de burn-out, et l’idée qu’il n’y ait pas de limite à « j’ai fait assez », me fait penser à la citation de Président Nelson « the Lord loves effort » (le Seigneur aime l’effort). Je comprends l’idée qu’en faisant quelque chose de difficile pour quelqu’un, cela peut nous rapprocher de la personne. Mais j’ai souvent entendu cette citations utilisée à l’église pour: 1. Renforcer l’idée de faire plus (plus d’effort, plus de temps à lire les Écritures, plus de visites au temple) 2. Renforcer la culpabilité. Si le Seigneur aime l’effort, qu’est-ce qu’il pense de moi quand je n’ai pas la force/l’énergie d’en faire ? Et si j’ai l’impression d’avoir donné mon maximum, mais que mes dirigeants ecclésiastiques jugent que je peux faire plus et que cela m’apportera plus de bénédictions, quelle perspective prime ?