Focalisé sur des choses sans importance ?...
Aujourd’hui, on parle de jugement hâtif (et, quelque part, encore d’aveuglement...). Dr Seuss, auteur américain de livres pour enfants, raconte l’histoire de deux créature (des Zax), dont l’une va vers le nord et l’autre vers le sud. Comme il s’avère qu’elles sont sur le chemin l’une de l’autre, elles s’arrêtent, insistent pour que l’autre la laisse passer, s’entêtent et restent là à se chamailler (suffisamment longtemps pour qu’on construise une ville autours d’eux).
Une histoire pour enfants rigolote pleine de rimes et de jeux de mots. Sauf que la conclusion qu’en tirait la personne que j’ai entendu raconter l’histoire était : « souvent, on reste focalisé sur des choses sans grande importance. » Comment dire… Bah non en fait !
C’est peut-être vrai d’un point de vue extérieur, de très loin. J’arrive à côté de ces deux Zax et, animé de bonne volonté et d’une pointe de supériorité (à laquelle je reste probablement aveugle), je peux conseiller à mes deux nouveaux amis de changer de perspective, de ne pas faire tout un plat, d’être plus coulant, etc. Après tout, ils auraient tout à y gagner, n’est-ce pas ?
Mais est-ce que je leur ai demandé ce qui fait qu’ils tiennent absolument à aller en ligne droite ? Comment je sais que « ce n’est pas si important » ? Et si ça l’était ? Je part du principe que leur réaction est disproportionné, que ce à quoi ils attribuent de l’importance n’en a pas en réalité. Mais qu’est-ce que j’en sais ?!
Quand je vois une personne avoir une réaction qui me semble exagérée selon mon point de vue et ma connaissance de la situation, c’est facile d’oublier que la personne a ses propres expériences, ses propres traumas, ses propres blessures, ses propres manière de s’accommoder de la vie et de ses aléas. Chacun a ses zones sensibles et ses déclencheurs. Alors avant de juger que la personne fait tout un foin de quelque chose sans grande importance, peut-être serait-il bon de s’intéresser à ce qui se passe pour cette personne. Ne pas faire de supposition, ou si je ne peux pas m’en empêcher, en faire mille.
Étiqueter et rejeter une réaction est un piège non seulement pour les autres, mais pour nous-même ! Je vois régulièrement arriver des personnes en thérapie qui me disent « Je ne comprends pas, j’ai tels ressentis et telles réactions, ce n’est pas logique » ou bien pire « c’est anormal ». En creusant, en examinant leurs sentiments, à chaque fois on met à jour de vieilles blessures, des habitudes qui certes sont dommageables pour elles et parfois leur entourage, mais qui s’enracinent dans des douleurs réelles et des tentatives de survivre et surmonter des difficultés. A chaque fois, en fait, il s’avère que ça a de l’importance !!
Cela ne veut pas dire que tous les comportements sont excusables. Cela ne veut pas dire non plus que parfois nous ou les autres ne gagnerions pas à passer à autre chose. Ce serait le cas, mais on ne le fait pas parce qu’il y a de bonnes raisons. Et pour passer à autre chose, il faut aller voir, faire preuve de curiosité et de compassion. Envers nous-même et envers les autres. La première étape consistant à ne pas reléguer au second plan des raisons que nous ignorons.