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Peut-on encore exprimer sa gratitude publiquement ?

Réaction à un réel insta de Valerie Hamaker, hôte de l’excellent podcast Latter Day Struggle 1. Valerie réfléchit sur la question « Puis-je exprimer de la gratitude publiquement ? Ou bien cela ne va-t-il pas toujours heurter une minorité ? » (on est ici dans un contexte religieux, tel que discours, témoignages, discussions en groupe, etc). Elle y partage l’idée que oui, si on exprime de la gratitude pour des choses que l’on a, on va toujours se poser à part des gens qui n’ont pas cela, ce qui peut poser un problème si de nombreuses personnes rendent témoignage de la même chose (exemple : si tous les gens en couple ou avec des enfants expriment sans arrêt de la reconnaissance pour les membres de leur famille, cela exclu les personnes seules).

gratitude

Elle mentionne cette histoire dans les écritures où le rite religieux d’un peuple consistait à monter en haut d’une chaire et remercier Dieu à haute voix de les avoir fait mieux et donné plus que les autres. Elle prône des expressions de reconnaissances plus centrées sur des expériences humaines que l’on a en commun, comme le fait de sublimer des épreuves et comment elles nous rendent meilleurs.

Assumer notre impact sur les autres

Vous vous en doutez, si j’en parle, c’est que je ne suis pas tout à fait d'accord Certes, j’approuve la prudence avec les expressions publiques de gratitude. Les principaux problèmes étant le fait de renforcer la mentalité de l'évangile de la prospérité (Dieu bénit les justes, si je suis béni c’est que je suis juste), de partager pour être vu et approuvé des autres, et l'insensibilité envers les autres (ne pas faire attention à comment certaines personnes pourraient être heurtées par nos paroles). Et je pense qu’il est important d’avoir conscience de ce qui nous motive (est-ce que je veux édifier les autres ? Ai-je besoin de me sentir vu ? Quelle est la raison profonde pour laquelle je veux partager cela ?), ainsi que de l'impact que nos paroles peuvent avoir sur d'autres personnes.

MAIS je pense que cela soulève également la question de la responsabilité et de l'acceptation de l'impact de ce que nous disons et faisons sur les autres. Quoi que nous fassions ou disions, le simple fait d'exister aura un impact. Je pense que la responsabilité de cet impact est partagée. Marcher constamment sur des œufs de peur d'offenser quelqu'un revient à reporter toute la responsabilité sur l'émetteur du message, de la même manière que dire tout ce qui nous passe par la tête et considérer que c’est aux autres de gérer leurs réactions revient à reporter toute la responsabilité sur le récepteur. Pour moi les deux attitudes sont déséquilibrées.

Valerie suggère de nous concentrer sur le partage des occasions de grandir en tant qu'être humain. Mais même dans ce cas, ça n’empêche pas que certains peuvent prendre la mouche. Par exemple, je vais peut-être me sentir blessé parce que depuis un bout de temps j'ai du mal à apprendre quoi que ce soit de mes propres épreuves, et je pense que la personne qui témoigne est tout simplement insensible en exprimant sa gratitude de cette manière. D'un autre côté, si quelqu’un partage sa gratitude d’avoir dans sa vie des personnes qui lui font du bien, alors que je lutte contre la solitude et le manque d'estime de moi, je pourrais néanmoins être encouragé par ce que cette personne partage (même si cela vient toucher un point sensible chez moi) parce que je ne le prends pas personnellement et que je peux quand même me réjouir avec l’autre, ou imaginer pourquoi cela le rend heureux.

Encore une fois, si tout le monde met tout le temps l'accent sur certaines façons d'être « béni » par rapport à d'autres (créant ainsi une séparation) c'est problématique. Mais prenons garde à ne pas tomber dans l'excès inverse. Il devrait y avoir de la place pour diverses expressions de gratitude tant qu'elles sont raisonnablement conscientes. Après tout, former des groupes est inévitable et pas intrinsèquement problématiques. Ce qui, à mon avis, peut potentiellement créer des problèmes, c'est ce que nous ressentons à l'égard des autres groupes (supériorité, animosité ou déni / ignorance).

Pratiquer la gratitude personnellement

J’en profite pour mentionner que la pratique (personnelle ?) de la gratitude est l’une des habitudes les plus bénéfiques pour les santés physique, mentale, émotionnelle et spirituelle, et qu’en plus des choses qu’on a, on peut être également reconnaissant pour des expériences, des personnes, des sensations, des idées, des leçons reçues, ou tout simplement pour le fait d’être et de faire des expériences.


  1. Podcast Latter Day Struggle : - Sur Spotify - Sur Apple Podcasts