Etape 2 : cuire à feu vif en remuant
Ou : Réponses à des questions sur les modes de croyances
Série sur l'homme naturel, POST 4
Suite à des commentaires très pertinents sur mon post récent sur les modes de croyance, voici un peu de rab’ afin de préciser certaines choses. Merci à ceux qui commentent, ça m’aide à préciser et développer ma pensée Si vous n’avez pas lu l'article précédent (ou écouté le podcast 1), faites-le avant, c’est un peu nécessaire pour savoir de quoi je parle.
Postulats de départ
- Les modes de croyances sont plutôt applicables aux individus, et non aux systèmes de croyances comme les religions. Ceci dit, un système de croyance donné peut avoir certaines composantes qui orientent vers tel ou tel mode de croyance.
- Du coup, dire que « le mormonisme est ancré dans la Simplicité » n’est pas tout à fait exact. Il s’agit d’une religion, donc d’un système complexe de croyances parfois contradictoires qu’on peut vivre dans tous les modes de croyance… Enfin… Dans ma compréhension actuelle, 1- les bases historiques, 2- les fondements théologiques et 3- la culture de cette religion font qu’elle va principalement parler à des gens dans le mode Simplicité. On peut continuer à y adhérer dans le mode Complexité mais alors il faut relativiser et réinterpréter pas mal de choses. Quant au mode harmonie… Là c’est plus compliqué.
- Ma compréhension actuelle est qu’une grande religion (judaïsme, islam, boudhisme, etc) peut être vécue pleinement à différents stades de croyances, principalement car il existe différentes branches et manières de voir la doctrine (des branches plus orthodoxes et des branches plus mystiques). Par définition (pratiques et croyances harmonisées mondialement), le mormonisme ne s’y prête pas vraiment, même si ça et là on trouve des membres un peu moins « conventionnels » dans leurs croyances et manières de pratiquer (notez qu’ici je ne pose pas de jugement de valeur, je parle de manière de se relier à la croyance).
Réponses à quelques idées
idée 1 : une religion est ce qu'on en fait ?
« Une religion est ce que l’on en fait. Elle reflète la psychologie, la culture et les aspirations de ses adeptes. »
Je dirais que c’est plus complexe que ça : on est influencé par une religion au moins autant, si ce n’est plus, qu’on l’influence. On a certes tendance à créer Dieu à notre image, ou plutôt la représentation qu’on se fait de la divinité dépend de notre propre évolution psychique ainsi que de la culture actuelle qui influence la manière dont les gens qui nous influencent parlent de Dieu. Mais j’ai l’impression que l’inverse est également vrai. Pour moi, on peut être sclérosé dans une certaine vision de la Vérité pendant longtemps dû à une manière de voir qu’on a nourri en se fondant sur un dogme.
idée 2 : tous les modes de croyance ?
« le mormonisme porte en lui le germe de tous les modes de croyances, et notamment le mode Harmonie, l’esprit originel du mormonisme étant marqué par une volonté d’aller chercher la vérité partout où elle se trouve. »
Encore une fois oui et non. Certes, le message (réitéré ces dernières décennies) qu’il est important et bienvenue de se poser des questions est bien présent de la part des autorités. Mais on a toujours l’impression que les réponses à ces questions ne peut pas vraiment s’éloigner des réponses officielles. L’idée qu’on peut intégrer plein de vérités était surtout valable pour Joseph Smith (prophète fondateur du mouvement dans les années 1830-1845), qui incorporait de nouvelles idées au fur et à mesure qu’il développait l’église. Depuis, les choses sont plutôt fixes, voire conservatrices (il n’y a qu’à voir la position officielle de l’église concernant les LGBTQ+, ou même Mère Céleste).
Même si individuellement, un membre peut être nourri de beaucoup d’idées étrangères au mormonisme, qu’il intègre parce qu’elles lui parlent, 1- il est probable que certaines de ces idées seraient mal reçues en classe d’école du dimanche, et 2- souvent ces idées s’intègrent autours d’un socle de Vérité (« l’église de Jésus-Christ est la seule vraie église » par exemple), ce qui est une caractéristique du mode Complexité, et non du mode Harmonie.
idée 3 : modes de croyance = phases à activer ?
« Chacun peut choisir son mode de croyance en fonction de ses besoins. On peut traverser ces modes comme des « phases », les activer selon leur utilité dans différentes circonstances (Simplicité pour une croyance simple, ou l’exactitude pour mener un rituel ; Harmonie pour la découverte, l’ouverture relationnelle et à une autre expérience spirituelle). »
Ah, ce serait tellement bien ! J’aime beaucoup l’idée, et j’ai hâte de me rapprocher de cet état. Mais pour moi il faut déjà être suffisamment souple dans sa manière de croire (et donc avoir activé un minimum le mode Harmonie) pour procéder ainsi. Avant cela, d’après ce que j’en ai compris, le choix est beaucoup plus restreint, et on a (malheureusement ?) tendance à « subir » son mode de croyance. Sinon, il suffirait de décider pour sortir du mode Simplicité, ou Perplexité, et l’expérience montre que ce n’est pas le cas.
La Simplicité est un mode qui a tendance à « s’accrocher », ou plutôt on a tendance à s’accrocher à un système de croyance rigide lorsque cette croyance nous protège d’une incertitude existentielle (chaos de la vie, manque de sens, etc) qui nous fait trop peur. Une fois qu’on a établi une paix relative avec l’incertitude et le chaos par l’acceptation de la condition humaine et le relâchement de l’égo, alors oui, je crois qu’on peut sans doute choisir un peu plus la manière dont on se relie à différentes croyances et comment on les implémente.
idée 4 : le dogmatisme peut conduire à l'ouverture d'esprit ?
« Même si une religion peut être réputée comme étant dogmatique ou un peu rigoriste, sa pratique sincère peut conduire beaucoup d’individus à accroître leur ouverture d’esprit et de cœur, qu’ils demeurent attachés ou pas à cette religion à mesure qu’ils cheminent. »
Encore une fois, je ne suis pas tout à fait d’accord. Ce qui est sûr, c’est qu’un mouvement à tendance dogmatique et qui demande beaucoup de ses membres a un impact crucial sur la vie desdits membres, et cet impact a de nombreuses facettes et est très complexe. Je suis certain que, pour certains thèmes, ou jusqu’à un certain point, une religion rigoriste peut aider à développer, en plus d’une discipline de vie, une ouverture sur les autres et la vie. Cependant dans d’autres domaines, elle va favoriser la fermeture et créer de la souffrance. L’ouverture se fait alors EN DÉPIT de la rigidité inhérente à l’organisation, et pas grâce à elle. En d’autres termes, il y a des personnes ouvertes partout, et le fait qu’il y en ait un certain nombre dans certaines organisations ne permet pas de tirer de conclusion générale. Même si certains aspects d’une organisation complexe ont un impact positif sur la vie de nombreuse personne, il importe de regarder également les aspects plus problématiques.
Articles en lien
- Articles dans la série sur l'homme naturel :
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Episode de Brebis Perdue où Chloé et moi parlons des modes de croyance et le lien avec la religion et le mormonisme : - Sur Spotify - Sur Apple Podcasts ↩