Être président ? Oui s’il-vous-plaît / Non merci
Ou : les angles morts du rôle de dirigeant (religieux et plus si affinité)
Série sur les dirigeants, POST 1
J’ai récemment réfléchi au rôle de dirigeant ecclésiastique, particulièrement celui de dirigeant haut placé dans mon église. Tout en respectant les personnes ayant ces positions et l’aide qu’elles apportent, j’ai pensé à un certain nombre de problèmes sociologiques et angles morts liés à ces positions, et dont j’aimerais parler.
L'importance des dirigeants
Dans mon église, ces rôles à grande responsabilité sont réservés aux hommes (détenant la prêtrise). Ils sont responsables de congrégations (évêques) ou de groupes de congrégations (présidents de pieux, autorités générales, …). Ces hommes supervisent tous les aspects de la vie d’un ou de plusieurs communautés (avec l’aide de conseillers et d’autres membres ayant des responsabilités plus spécifiques).
Je dois préfacer mes propos en disant que, dans la majorité des cas, mes interactions avec mes dirigeants ont été édifiantes et m’ont aidé à me développer en tant que personne, à la fois sur le plan spirituel et sur les plans personnels et social. J’ai pu voir, malgré les imperfections humaines et les différences de caractères et d’idées, des personnes qui essayaient de faire de leur mieux pour suivre le Christ, pour faire preuve d’amour, et pour organiser les choses au mieux pour bénir et soutenir chacun. Je n’ai cependant pas eu que des expériences positives, et dans certains cas, j’ai eu le sentiment que des dirigeants laissaient leur égo s’enfler. Il était évident qu’à l’amour venaient s’ajouter d’autres motivations derrière certaines décisions. Je n’ai pas l’impression d’avoir jamais pâti personnellement de ce genre de comportement, et je ne pense pas que ce soit le cas d’un grand nombre de membres que j’ai connu. Mais je sais que certaines personnes en souffrent, parfois grandement. C’est pour ça que je veux en parler, même si c’est quelque chose qui peut mettre mal à l’aise ceux qui sont confortablement installés dans la croyance que l’église mormone ne peut être que bénéfique.
La tentation du piédestal
exemple personnel
Je vais commencer doucement aujourd’hui en parlant d’un aspect culturel que beaucoup risquent de reconnaître et qui contribue aux dérapages. Il s’agit du piédestal sur lequel on place les dirigeants. Petit exemple perso pour illustrer ce que je veux dire : quand j’étais dans la catégorie qu’on appelle les Jeunes Adultes Célibataires (18-30 ans), le mari d’un couple missionnaire (couples à la retraite qui vont servir une mission de service et prosélytisme) dans ma paroisse me disais très régulièrement lors de nos conversations « tu feras un évêque formidable ! » Je crois que c’était sa manière de dire « je t’apprécie et je crois que tu as et auras une bonne influence sur les autres. » J’étais un peu gêné quand il me disait ça, mais assez flatté également. Je crois qu’au fil du temps, à force de m’entendre répéter quand j’étais adolescent que « les jeunes sont les dirigeants de demain, » j’avais intégré qu’être dirigeant est un accomplissement. Comme monter en grade spirituellement, comme si seuls les membres les plus fidèles sont des dirigeants. Comme si c’était un marqueur de qualité de spiritualité et de réussite sociale au sein du Royaume de Dieu. Sans vraiment le réaliser pleinement, une partie de moi avait vraiment envie de grimper l’échelle sociale pour être évêque, président de pieu, voire autorité générale.
Alors bien sûr, la partie chez moi qui pensait ça était bien cachée derrière une bonne couche de plus ou moins fausse humilité dont le moto était « le plus important est de servir et de faire du bien, quelle que soit la responsabilité qu’on reçoit » (mais bien sûr avoir un poste de dirigeant permet de faire vraiment beaucoup de bien, donc…), ainsi que l’autre partie qui pensait « Oh c’est bien trop de travail et de responsabilité » (mais bien sûr le service est hyper valorisé et la responsabilité vient avec un certain prestige, donc…). Bref j’aurais pu parler longtemps pour expliquer que je n’aspirais vraiment pas au poste d’évêque, non merci. Et même en être suffisamment convaincu. Mais avec le recul je réalise à quel point le rôle de dirigeant avait dans mon esprit une auréole de sainteté qui, ma foi, semblait fort attirante.
Quelque chose qui pour moi semble confirmer cela, ce sont les efforts faits pour contrebalancer cet aspect de la culture dans l’Église. Régulièrement, des dirigeants de mon église parlent du bien que font les « membres ordinaires », les gens sans grande responsabilité qui font simplement le bien autour d’eux. Le dernier discours de David A. Bednar est un bon exemple.
culte des dirigeants
Je crois que dans l’église nous avons parfois un problème avec le culte des dirigeants, surtout les dirigeants haut placés. Bien sûr, ce n’est pas valable pour tout le monde. Mais de manière générale, c’est une tendance qu’il est dur d’ignorer une fois qu’on a mis le doigt dessus. C’est un problème culturel certes, mais c’est parce qu’il est structurel (provient de la manière dont les choses sont structurées) aussi bien qu’historique (créé dès le début et renforcé constamment depuis).
Je dis que c’est un problème parce que je crois que ça contribue à (au moins) trois phénomènes contradictoires mais complémentaires (que je vais traiter dans mes posts suivants) :
- le syndrome du super-héros : le fait de croire que les dirigeants développent automatiquement des super-pouvoirs, et les dégâts causés par les situations où ces super-pouvoirs font défaut (épuisement des dirigeants d’un côté, conseils ou comportements inappropriés de l’autre),
- le tabou autours de la critique des dirigeants, qui renforce le phénomène de piédestal, et donc renforce la tendance précédente, tout en rendant plus difficile de voir (et donc de mentionner et résoudre) certains problèmes,
- paradoxalement, l’augmentation de la critique non constructive, les commérages ou la confrontation agressive, qui n’apporte pas grand-chose d’autre que des conflits ou le fait que chacun campe sur ses positions.
Ces phénomènes vous paraissent familier ou vous intriguent ? Ou au contraire vous pensez que j’exagère ? Lisez la suite 😉
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