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Sommes-nous des moutons ?

Ou : Les limites de l’analogie du berger

Série sur les dirigeants, POST 4

Dans l'Église LDS, on utilise beaucoup l’analogie du berger et des brebis pour illustrer le type de service qu’on est encouragé à se rendre les unes aux autres. Le rôle de dirigeant est basé sur cette notion de service. Beaucoup d’encouragements et de discours d’autorités générales se focalisent sur cet aspect. Dans les termes d’Esaïe, « Fortifiez les mains languissantes, et affermissez les genoux qui chancellent » (Esaïe 35:3).

moutons-loup

Bons côtés

L’analogie provient des paroles de Jésus, qui déclare qu’il est le bon berger et donne l’instruction à Pierre « Pais mes brebis » (Jean 21:16) le compte d'un ou plusieurs éleveurs. Selon la Bible, le berger compte également ses brebis, les connaît individuellement, et les protège des dangers. Le mot clef est donc « prendre soin » et il se décline par : nourrir (de la bonne parole), guider (partager des bons principes), soigner (apporter du réconfort et de l’aide matérielle, émotionnelle et spirituelle) et protéger (par des conseils appropriés).

Là où ça devient problématique

Pour appropriée qu’elle soit, l’analogie a cependant ses limites (comme toute analogie d’ailleurs). Jésus pousse l’analogie plus loin, en introduisant une bergerie, une porte, un portier, un mercenaire, des voleurs et des brigands (Jean 10:1-16). On commence à voir poindre la distinction intérieur / extérieur, amis / ennemis. Le Livre de Mormon pousse encore plus loin l’analogie (Alma 5:57-60) : là ça devient très clairement nous contre eux, les gentils contre les méchants, les brebis paisibles et innocentes contre les loups dévorants qui ne pensent qu’à détruire (lisez les versets, vous verrez que c’est exactement ça). Le rôle du berger est donc, tel un héros de film Disney, de terrasser le méchant pour permettre aux gentils d’être en sécurité. Si ça ce n’est pas du mode Simplicité, je ne sais pas vraiment ce que c’est.

C’est un aspect de l’analogie qui m’a toujours dérangé, cette vision des membres comme des proies incapables de se défendre, vulnérables aux loups et qui doivent suivre (comme des moutons) les instructions qu’on leur donne pour éviter qu’on ne leur fasse du mal. Pour moi c’est une grossière simplification du monde dans lequel nous vivons. Certes, on peut nous faire du mal, et certains êtres humains se comportent effectivement comme des prédateurs. Mais ce en quoi met en garde la version extrême de cette analogie, c’est « le monde », tous ceux qui ne croient pas exactement comme nous et qui peuvent nous perturber, nous influencer et nous faire dévier de la voie droite et étroite.

Se retenir d'aller trop loin

Je ne crois pas que Dieu voudrait que nous soyons des moutons, ni qu'en tant que bergers nous considérions que nous savons mieux que les autres, ni que nous considérions ses autres enfants qui croient différemment de nous comme des loups. En revanche, je crois que si nous infusons, ou nous efforçons d’infuser de l'amour et de la sollicitude à notre échelle dans nos relations, en essayant d'inclure plutôt que d'exclure, alors nous serons vraiment en train d'apprendre de l'exemple du Christ, et nous réaliserons que les deux premiers commandements n’en font qu’un.

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