Faut-il toujours choisir un camp ?
Série Guerre et Paix, POST 1
Il y a quelque temps, j’ai vu la citation suivante sur les réseaux sociaux :
« Arrêtez de prétendre que « ne pas choisir de camp » serait une vertue. C’est un privilège. »
Cela m’a semblé partiellement vrai, mais également simpliste. Ne pas choisir de camp peut également être une manière de faire face à des difficultés. De plus, ce n’est pas parce que cela peut être un privilège que cela ne peut pas être une vertu. Les gens ont tendance à penser en termes de « soit l’un, soit l’autre », mais les deux choses ne s’excluent pas mutuellement. J’ai partagé mon avis en exprimant qu’on a besoin de gens, qu'ils soient privilégiés (auquel cas bien sûr c'est plus facile) ou non, qui ne choisissent pas de camp et essayent de créer un espace intermédiaire où les gens peuvent se parler et se comprendre. Si tout le monde choisit un camp (souvent opposé), tout le monde se fait la guerre…
Ce à quoi on m’a répondu :
Tout le monde doit-il avoir un avis sur tout ? Il semble évident que non. Je ne pense pas que c’est ce que cette citation signifie, mais plutôt que lorsque quelqu’un choisit la neutralité face à l’oppression, il soutient l’oppresseur.
Et je ne pense pas que des personnes sans « camps » soient nécessaires pour créer une voie du milieu sur certains sujets. Par exemple, quelle est la voie du milieu lorsqu’un camp plaide pour l’anéantissement des personnes transgenre ? Faire un compromis et éliminer seulement la moitié des personnes transgenre ? Lorsqu’on parle des droits de l'homme, je pense que nous avons tous la responsabilité morale de nous tenir aux côtés de ceux qui sont blessés ou en danger de l’être.
Commençons par dire que je suis plutôt d'accord avec la première partie. Évidemment, tout le monde n’est pas éduqué sur certaines problématiques sociales (raciales, de genre, etc), mais :
1- c'est effectivement un « privilège » : certaines personnes ont grandi dans des conditions plus favorables que d’autres, et ne connaissent pas grand-chose sur certains sujets parce qu'elles en ont été protégées,
2- si l'on est conscient que d'autres êtres humains souffrent, il semble logique et souhaitable de s'informer sur la question, afin de contribuer à corriger les choses (ne serait-ce qu'en sensibilisant d’autres personnes).
Cela étant dit, je tiens à clarifier ce avec quoi je ne suis pas d’accord.
Difficultés et espace personnel
Certaines personnes se noient. Dans la dépression, l'anxiété, les difficultés financières, les problèmes de santé, les relations difficiles… Parfois tout à la fois. Ces personnes, si elles ne sont pas directement concernées par un problème social donné, n'auront probablement pas envie d’en apprendre davantage. Non pas parce qu’elles s’en moquent, mais parce qu’elles n’en ont pas l’énergie. Parce qu’elles doivent s’occuper d’autres choses qui, pour elles, sont la priorité.
Personnellement, je vais mieux mais je suis encore très proche d’une série d’événements assez traumatisants (pour moi) qui impacteront probablement ma santé physique et mentale pour les prochaines années, au minimum. Même si je comprends intellectuellement l'importance de cette citation, une partie de moi plus archaïque la lit automatiquement comme « si vous ne vous battez pas pour notre cause (si vous ne choisissez pas NOTRE camp), vous n'êtes pas digne d’être un être humain (vous n’avez pas de « vertu »). » Je réalise que ce n'est peut-être pas le message souhaité, mais émotionnellement c’est le message que je reçois. Une partie de moi-même accepte totalement ce message émotionnel et a honte, tandis qu’une autre partie de moi-même se met en colère. Cette seconde partie hurle « Pourquoi les gens ne peuvent-ils pas me laisser tranquille, je lutte déjà tellement ! »
Fondamentalement, parce que je suis à peine sorti du mode survie, tout ce qui est paisible (et il est tout à fait possible de pointer un changement social nécessaire tout en étant paisible) peut retenir mon attention et ma sympathie. Mais tout ce que je perçois comme trop confrontant, et qui augmente donc mon niveau d'anxiété, je vais m'en éloigner et mettre en place des limites saines, parce que je ne peux pas gérer cela pour le moment. Pour cela, je dois aller mieux, et je concentre mon énergie sur ça.
Je ne pense pas que ma situation soit si rare dans le monde dans lequel nous vivons actuellement. Je pense qu’il est important de garder cela à l’esprit lorsque l’on essaie de rallier les gens autour de bonnes causes. Ma préconisation, c’est d’accorder aux gens le bénéfice du doute. Ne pas le faire, c’est risquer de créer de la souffrance supplémentaire chez davantage de personnes, ce qui nuit clairement à la cause qu’on voudrait défendre.
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Commentaires
Commentaire d’un ami :
Je ne veux certainement pas donner l’impression à ceux qui essaient de faire ce qu’ils estiment être juste qu’ils n’en font pas assez. Le message original était essentiellement une « réponse à chaud » et assez générale envers des positions qui me dérangent vraiment. Comme pour la plupart des réponses générales, ce n’est pas le meilleur moyen de prendre en compte l’ensemble des situations. Je pense absolument que la plupart des gens font de leur mieux pour apprendre, grandir et prendre les meilleures décisions avec les connaissances dont ils disposent. Et je veux encourager tous ceux qui font ce travail à continuer à le faire. Je ne veux pas qu’ils aient l’impression de ne pas en faire assez ou qu’ils sont en quelque sorte « mauvais » de ne pas en savoir ou en faire davantage. Mon problème concerne et a toujours concerné les gens qui choisissent l’ignorance alors qu’ils voient clairement que cela nuit aux gens. Ils choisissent de rester dans leur vision du monde parce qu'ils se soucient plus de leur confort que de faire ce qu'il faut.
Évidemment, nous n’avons qu’une quantité limitée d’énergie et nous avons tellement d’obligations et de responsabilités que nous ne pouvons pas tout faire en même temps. Et c'est OK. Nous devons d’abord faire le nécessaire. Nous ne pouvons pas donner si nos réserves sont vides. Mais je faisais plus spécifiquement référence à des questions comme Gaza et les droits des trans et autres, où les gens qui ont eu le temps de s'informer (l'information est facilement disponible) persistent à choisir de ne rien faire, parce qu'ils ne veulent pas se tromper et devoir changer.. J’applaudis tout effort de changement, même s’il se fait en rampant (il faut ramper avant de pouvoir marcher, après tout)