Comment ne pas rallier les autres à sa cause
Série Guerre et Paix, POST 2
En poursuivant ma réflexion sur le thème de choisir son camp, j’ai réalisé quelque chose d’extrêmement important : dans toute conversation, plus les gens sont combatifs, moins ils ont de chances de convaincre les autres de la valeur de leur position, et plus les autres seront renforcés dans leur propre point de vue.
En fait, plus l’on est agressif, plus l’autre va se mettre en mode défense et se resserrer sur ses propres idées et préjugés. C'est ainsi que fonctionnent les êtres humains, et c'est frustrant car contre-intuitif : si nous voulons que les autres commencent à voir les choses de notre propre point de vue et soient d'accord avec nous, ne serait-ce qu’en partie, nous devons commencer par les écouter et leur donner de l'espace. C'est la seule façon pour qu’ils se détendent et se sentent suffisamment en sécurité pour élargir un peu leur vision du monde.
C’est ça que j’appelle la « voie du milieu ». Ce n’est pas faire une moyenne arbitraire de tout ce que les gens veulent. Pour reprendre l’exemple de l'article précédent, face à des gens prônant qu'il faudrait se débarrasser des personnes transgenre, il ne s’agit pas de déterminer quel nombre de personnes transgenre il faut tuer. Il s’agit plutôt d’ouvrir un espace de dialogue où les gens peuvent se sentir en sécurité. Être attaqué renforce l'idée qu'on est du « bon côté », et si les gens sont trop persuadés d’être du « bon côté », ils auront du mal à écouter ceux qui sont perçus comme étant du « mauvais côté ». Par exemple, si je suis tellement persuadé que ceux qui veulent tuer des personnes trans sont les méchants, je suis alors plus susceptibles de vouloir me comporter comme eux, par exemple en voulant les « tuer » symboliquement (les faire taire). Je ne dis donc pas que nous devrions appliquer ce qu’ils préconisent. Je dis qu'il est peut-être utile de créer un espace pour que les gens puissent parler. Car lorsqu'il y a cet espace :
1- on est souvent surpris de ce que les autres partagent et qui nous aide à les voir comme des êtres humains (plutôt que comme des créatures odieuses qui mériteraient de se voir appliquer le traitement qu’elles préconisent pour les autres), et
2- c'est précisément cet espace qui permet à ces personnes d'assouplir leur point de vue, de nous voir nous aussi (et éventuellement celles qu'elles considèrent comme ennemi) comme des êtres humains qui valent également la peine d'être écoutés.
Je ne pense pas que cela soit incompatible avec le fait de défendre des idées. Je crois que c’est même une façon plus efficace de le faire. Même si c’est difficile et contre-intuitif (CF toute l’histoire de l’humanité...).
Articles en lien
- Articles dans la série Guerre et Paix :